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Suricate de gauche écosocialiste en vigilance républicaine. Vous reprendrez bien un peu de culture ?

Vacances, vacuités et vides

Posted on August 16 2013 in chômage retraites pouvoir d'achat congés payés

Vacances, vacuités et vides

Et voilà ! Les vacances se finissent tandis qu’un nombre croissant de personnes ne les a pas prises. Le teint hâlé des uns tente de se faire discret devant la morosité des autres qui restent de plus en plus chez eux. Depuis trois ans, on constate en Europe une désaffection flagrante des lieux touristiques européens. L’austérité fait abandonner les vacances comme un superflu quand c’est un temps essentiel pour recharger les accus.

Et puis, on lit dans un journal : "Je souhaitais, en ce jour où je reprends à plein l'activité du gouvernement, accueillir ici des enfants, pas n'importe comment (...), avec ce message: les jeunes et leur famille qui ne peuvent pas partir pour des raisons économiques ont droit eux aussi aux vacances et à la culture". Qui dit cela ? Le Premier Ministre français, Jean-Marc Ayrault. Il recevait 300 enfants à Matignon, le bougre ! Quel esprit républicain et solidaire ! On en est moite d’émotion.

Naïvement, on s’interroge. 300, c’est beaucoup ou pas beaucoup ? Une journée dans un parc à Paris vaut-elle autant qu’un bol d’air à la mer ? On se prend alors à chercher dans les statistiques françaises. 5 à 9 millions de personnes –ah la beauté des stats qui peuvent oublier 4 millions de personnes- sont pauvres ou très pauvres, dont près de 3 millions d’enfants. On se met à faire ses devoirs de vacances pour arriver à un sentiment de manque abyssal. Dans 3 millions combien de fois 300 ? Réponse : 10 000. Il faut donc renouveler 10 000 fois cette opération de com’ lamentable, et pas dans un parc d’une ville polluée, pour ne laisser personne dans le fossé, pour que la dignité de vacances offertes au futur de la Nation ne soit pas un ridicule geste d’une main qui tapote avec condescendance et paternalisme la joue d’un enfant. Du vide, du vent, de la com’.

Vous me direz, un jour, c’est beaucoup ou pas beaucoup ? Ben oui, ce n’est rien, rien du tout. 15 jours à la mer, et là on parle, non ? Et pourquoi pas des vacances tant qu’on y est ! C’est fou comme le nécessaire est vite considéré comme un luxe par les nantis quand il s’adresse aux pauvres. Et puis toi, petit, tu souris bien à la caméra et tu dis bien comme tu es content d’être à Matignon, hein ? Pauv’môme…

Pendant cette opération stérile pour les enfants et juteuses pour le Premier Cynique, le plein-emploi est un gros mot, la reprise « à plein » n’est plus évoquée que sous l’angle de celle de « l’activité du gouvernement ». Mais en ces temps où l’on parle d’un allongement du temps de cotisation pour les retraites ou d’une augmentation desdites cotisations, on s’interroge. Travailler plus ? Et s’il n’y a pas de travail ? Plus longtemps ? Et dans quel état finit-on ? Alors, encore une fois, on va voir les statistiques.

On constate alors que l’espérance de vie est en hausse mais que sa progression s’est ralentie ou stagne pour la première fois depuis le XIXème siècle. Et, ô surprise, la qualité de vie au travail est à la baisse en parallèle. Mais surtout, on vit plus longtemps mais pas en bonne santé. La notion d’espérance de vie en bonne santé ou plus précisément «sans incapacité» (EVSI) est un outil plus précis pour se faire une idée des dégâts. Les données des vingt-sept pays de l’Union européenne apportent quelques signaux alarmants de l’obsolescence programmée des Européens. Les chiffres d’espérance de vie en bonne santé sont en baisse dans 8 à 10 pays sur 27 selon qu’on est un homme ou une femme. Une paille ! L’allongement du temps de travail s’imposerait pourtant ainsi que la suppression de la 5ème semaine de congés payés selon le Medef et sa courroie de transmission alias chienchien à son maimaître Chritophe Barbier. Le pire c’est qu’il utilise assez régulièrement cette phrase gimmick : « C’est évident, non ? ». Non, tout bonnement non.

Les raisons de la dégradation de l’EVSI ? On peut certes se l’expliquer par la pollution dans tous les domaines. Elle doit bien avoir sa part de responsabilité. Mais que dire de la détérioration des conditions de travail ? La compression des « coûts salariaux » est en ce domaine une belle invention puisqu’il faut traduire par travail payé moins ou licenciement. Le patronat trouve que le salarié lui coûte. C’est faux puique c’est le salarié qui fait tourner l’entreprise. Mais de son point de vue, il a raison : il ne lui fait jamais gagner autant que lorsqu’il le licencie. Cela rassure ses conseils d’administration et fait grimper en flèche ses actions. Logique inhumaine mais imparable…Quand il ne licencie pas, le brave, il impose une plus grande pénibilité. Il organise une course au rendement pour un salaire de panier percé. Il est d’ailleurs fini le temps où l’on parlait des mille euristes avec effarement ; désormais on passe à l’aberrante notion de 500 euristes et moins. Ne parlons même pas du stress et des suicides au travail – mais là, ça a le mérite de ne plus poser la question de l’état dans lequel on se trouve à la retraite…-. Et que dire des boîtes embauchant cyniquement des terminators pour harceler l’employé afin qu’il parte sans indemnités ?

Alors, oui, quelle belle invention que cet allongement de la durée de cotisation des retraites jusqu’à 70 ans dans certains pays ! En France, on veut nous faire passer la pilule en disant que non, non, pas d’allongement, juste des cotisations plus grosses. En fait il s'agirait de cotiser "juste" 44 ans et/ou de cotiser plus. Ça tombe bien, notre pouvoir d’achat est en baisse tandis que tous les prix flambent quand les salaires reculent : cigarettes, gaz, électricité, essence, billets de train, médicaments plus ou moins remboursés…

Et là j’imagine un dialogue :

-Mais mon bon, si vous jugez que votre retraite sera trop basse, vous n’avez qu’à contracter une complémentaire privée.

-Mais puisque je te dis que je n’ai pas un radis, sombre buse !

Mais je m’égare.

J’ajouterais juste que pour l’espérance de vie, il y a évidemment -sinon, ce n’est pas drôle- des inégalités de santé entre ouvriers et cadres. Cela ne date pas d’hier mais cela représente tout de même un écart d’espérance de vie d’entre 6 et 10 ans selon les pays de l’UE, et pas en faveur des ouvriers pour ceux qui ne suivraient pas.

Mais heureusement, il y a Christophe Barbier. Il reprend début août une de ses marottes déjà avancée en novembre 2011 et en mai 2013 dans l’Express dont il n’est que le modeste directeur ou sur une de ses autres tribunes à savoir I-Télé. Devant deux présentateurs mal à l’aise et devant le spectateur médusé, voilà que de son débit staccato et du haut de sa clairvoyance autoproclamée, il propose, propose ? non, exige de supprimer la 5ème semaine de congés payés. Ce chantre de la pensée libérale ose s’affirmer comme un journaliste non partisan et il ne cesse de fustiger les 35 heures et la « France paresseuse ». Malheureusement, soit par son habileté soit par son omniprésence soit à cause de la lâcheté de ses interlocuteurs, ce type ose tout et il est repris partout. Pas étonnant que désormais, on fanfaronne à Matignon lorsque l’on fait l’aumône d’une journée à 300 pauvres gamins. Ce sont des enfants de paresseux, non ?

Le droit aux vacances doit rester partie intégrante du droit du travail y compris pour les chômeurs qui sont, faut-il le rappeler, des travailleurs sans emploi qui aimeraient bien en avoir un. Les vacances ne sont pas un luxe, mais une nécessité. Partager un moment calme et convivial avec sa famille ou ses amis, c’est vital. Sortir de chez soi est une bouffée d’air. Se reposer est primordial. Mais vivre correctement nous est désormais vendu comme une utopie de gauche alors que c’est le minimum souhaitable. Ce que nous propose les austéritaires avec en tête le si peu précaire Barbier n’est que de la survie, et même pas en bonne santé.

Pour ce respect de la dignité et de la santé, il faut interdire ces repos sans deux jours consécutifs avec une après-midi par ci et un matin par là. Il faut donner un budget bien plus conséquent à l’Inspection du Travail pour faire condamner toutes ces boîtes qui rajoutent des responsabilités sans avenant au contrat, sans augmentation de salaire, qui surabusent du recours aux stagiaires, qui, qui, qui... Cela fait partie des conditions décentes.

Mais non, désormais on parle flexisécurité avec l’ANI où l’employé est très flexible et le licenciement très sécurisé. On nous jure ses grands dieux que tout cela est faux ? Que dire alors de la phase ultime avec ce contrat zéro-heure en Grande-Bretagne ? Ça ne s’invente pas un titre pareil ! Un million de personnes sont touchées. Double avantage : on est corvéable à merci et on n’est plus dans les tablettes du chômage. Elle est pas belle la vie ? Vacances fustigées et vacuités des projets ne peuvent se faire que si l’on vide de sens les mots, jusqu’à parvenir à faire avaler les pires couleuvres par des termes qui sentiraient la rose quand ils cachent des réalités immondes.

Bien sûr, il est impératif d’être vent debout contre toutes ces attaques. Le 10 septembre prochain, la mobilisation sur les retraites est primordiale. Mais si cette journée est ponctuelle, ce ne sera qu’une réussite à la Pyrrhus. On le sait tous. Il est vrai que les syndicats de fonctionnaires dont beaucoup seront-là dix jours plus tard se réunissent le 29 août pour discuter d'une autre journée de mobilisation sur le pouvoir d'achat, l'emploi, les conditions de travail et les missions de service public et réclamer une revalorisation des salaires dont le calcul est gelé depuis 2010 et qui devrait le rester en 2014. Mais pourquoi ne pas combiner ? Qu’est-ce qui dans grève générale reconductible privée-publique fait peur ? Gagner n’est-il pas le but ? Ce n’est pas très révolutionnaire, non ? C’est juste un moyen d’avoir enfin un levier. Alors, à chaque fois, on entend que ce n’est pas si simple et même que, vous savez, c’est très compliqué, et gnagnagni et gnagnagna. Mais, bon sang d’bois, à quelle urgence va-t-il falloir être confronté pour que les combats se rejoignent ?

Encore une fois, la seule façon d’être crédible à gauche, c’est de remettre des sous dans le porte-monnaie. Point barre.

D’ici là, au boulot, salauds de pauvres !

Le suricate dubitatif vous salue bien

Comment on this post

françoise 08/17/2013 18:14

comme je t'aime, toi, toujours clairvoyante et sereine -je t'embrasse de tout mon coeur

Le suricate 08/18/2013 08:42

Le suricate te remercie ;-)