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Suricate de gauche écosocialiste en vigilance républicaine. Vous reprendrez bien un peu de culture ?

Noir c'est noir

Posted on July 29 2013 in racisme islamophobie sexisme homophobie

Noir c'est noir

En 1983, Michel Leeb commettait un sketch intitulé « L’Africain » qui commençait par une imitation d’accent pour finir par une assimilation du personnage à un singe. Emotion chez les anti-racistes et étonnement effarouché chez le « comique ». A l’époque, un tel acte créait un tollé unanime et les associations anti-racistes avaient si bien œuvré que les racistes du quotidien savaient taire leurs propos en public. Je ne me leurre pas, ils les taisaient seulement, mais au moins ils se la fermaient et ça nous faisait des vacances.

Trente ans plus tard, c’est la régression absolue et à tous les étages. Un maire de la frange droitière de l’UDI regrette que « Hitler n’en a peut-être pas tué assez. » http://www.youtube.com/watch?v=o9fXIJmdNK4 en parlant des gens du voyage. La condamnation de la classe politique se fait entendre certes mais elle est très hypocrite et le terrain était largement préparé, notamment de la part de l’UMP. Eh oui, souvenons-nous de Copé et ses pains au chocolat, pendant le ramadan, il y a un an, qui tenait des propos qualifiés de « provocateurs » ?. http://www.youtube.com/watch?v=VmzoPK94ko8#at=40 On rêve ! Depuis quand accepte-t-on de la part des élus de la République qu’ils « provoquent » une atmosphère anti-républicaine visant a saper la paix civile ?

On ne s’étonnera donc pas de l’attitude des policiers à Trappes lors d’une interpellation de citoyens musulmans pendant le ramadan de cette année-ci. A ce propos, une journaliste raconte dans Mediapart ceci :

« Des propos retrouvés sur les réseaux sociaux par le site Copwatch Nord-Paris-Île de France vont dans le même sens. L'association a passé au crible trois groupes Facebook en lien avec les forces de l’ordre créés après le début des émeutes. Dans le « déferlement de haine raciale, d’islamophobie, de provocations » observé, les militants ont repéré la signature de deux agents de service.

L’un d’entre eux assure avoir « pris du plaisir hier soir. Sur 300 mecs contre 30 policiers, ça a même pas les couilles de venir au corps à corps ». Un autre : « J’ai passé la nuit à Trappes hier avec les collègues… Pauvre France, vive le bleu Marine !! » Des policiers spectateurs des faits ne sont pas en reste. Florilège : « C’est pas le ramadan ??... Ben alors vous allez ramasser vos dents », « La chasse est ouverte, il est temps de faire un bon nettoyage » ou encore «Faites gaffe aux caméras et pas de prisonniers »

Les journaux parlent sans cesse de dérapages comme si cela était exceptionnel alors que cela devient la pratique quotidienne.

Dans mon établissement, un adulte parle à un enfant agité –vu sa vie, on le serait à moins- et lui promet qu'il sera un "futur délinquant" oubliant totalement notre mission de prévention par l’éducation. Un autre fait des statistiques par nationalité. Un troisième explique que le milieu social n’a aucun rapport avec la réussite scolaire, niant toute réalité en prenant l’éternelle exception du succès isolé pour contredire la densité des échecs accrue en milieu défavorisé.

Et puis, il y a la vie de tous les jours. Il y a moins d’une semaine, j’ai été confrontée coup sur coup à deux faits. Une amie qui allait prendre le bus voit un mec passablement exaspéré s’en prendre à un employé qui faisait la circulation sur une place en plein chantier. Il lui explique alors que le gars sue comme un damné par 35 à l’ombre qu’il lui souhaite d’être viré et que si c’était les Chinois qui étaient à l’œuvre, il y a bel lurette que les travaux seraient achevés. Bon, faut dire, l’employé était noir… Le mec prend le bus et invective alors une Africaine en boubou et là, la copine l’a méchamment taclé. Bravo, la copine ! Mais bon, le gars s’était senti assez légitime pour souhaiter le chômage à un autre qui devait être fainéant puisqu’il était noir et s'en prendre à une mère avec son enfant. Un bonheur d’humanisme…

A un ou deux jours d’écart, je vais acheter une valise -vous savez celles qui peuvent aller en cabine où on peut mettre facile trois chewing-gums- et là, la vendeuse nous explique, à une autre copine -qui avait la gentillesse de m’accompagner dans cet achat passionnant- et à moi-même, que tout ça c’est la faute des noirs. On rêve debout ! C’est bizarre la conversation courtoise s’est achevée par des monosyllabes glaciales de notre part…

Et tout est à l’avenant concernant les propos sur les homos. On se souvient avec horreur des atrocités dites lors de la bataille, que dis-je la bataille ? la lutte ! pour le mariage pour tous. http://www.20minutes.fr/societe/1136037-20130411-mariage-tous-florilege-demonstrations-saugrenues-opposition-senat Qui d’accuser les gays de zoophilie, qui de les assimiler à des incestueux, qui de se demander si on n’allait pas du coup ouvrir la porte au mariage avec un objet…

Ne nous étonnons pas, quand la parole d’élus de la République sert un racisme décomplexé, le quidam suce à la roue en toute impunité. Quand les policiers peuvent vous embarquer parce qu’ils ont tout un attirail juridique si vous avez le malheur de demander des comptes lors d’un contrôle au faciès, alors ils se transforment en forces du désordre. Quand des députés osent déblatérer sur les gays, alors on a des agressions homophobes qui se multiplient. Quand les blagues sexistes font les beaux jours des émissions comiques, alors on a des femmes battues. Quand on autorise des groupes de néo-nazis, alors on a des morts sur la conscience.

1983-2013, avec le sketch de l’Africain en 1983, c'est une sorte d'anniversaire de la régression où ça tape contre l'Arabe, le noir, la femme, le jeune, le gay. Pendant ce temps, on met au chômage, on réduit les services publics, on engraisse les banksters. Ça cogne de partout et le gars n'y comprend rien. Il ne voit que son malheur. Et devant la complexité des attaques, le simplisme des boucs émissaires lui apparaît comme une réponse, évidente donc bonne, à sa colère.

L'humanisme a du pain sur la planche. Le racisme est économique. Et tant qu'on enlève ledit pain dans l'assiette du gars, on est inaudible. C'est pourquoi la lutte contre l'austérité doit être un des piliers de notre bataille, et il l'est. Autre problème -et pas des moindres-, c'est le barrage des médias vent debout pour ne pas relayer les solutions économiques et écologiques absolument pas utopiques de notre programme l'Humain d'abord.

Voilà pourquoi les réseaux sociaux, voilà pourquoi les blogs, voilà pourquoi nos propres médias, voilà pourquoi le porte à porte, voilà pourquoi les discussions sur nos lieux de travail, voilà pourquoi toute action est la bienvenue du moment qu'elle n'est pas isolée, ridicule, en décalage avec les préoccupations du moment ou peu en prise avec les urgences, n'est-ce pas ?

Le suricate vous salue bien.

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