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Suricate de gauche écosocialiste en vigilance républicaine. Vous reprendrez bien un peu de culture ?

La politique de la chaise longue

Posted on August 18 2013 in travail activité loisir divertissement retraite austérité

La politique de la chaise longue

Lorsque j’interviens pour dénoncer les conditions de travail, on me répond parfois que le travail n’est pas la valeur à rechercher. Comme si c’était impliqué dans mon message. Or, ce n’est absolument pas ce que je dis. On a tendance à utiliser le terme d’« activité » lorsque celle-ci est consentie. Je ne connais que trop bien l’acception du mot « travail ». Faut-il la rappeler ? Le travail, comme son étymologie tripalium le dit, est une torture au sens de triple pal. Le pal ? Mais si, vous savez, ce charmant pieu qu’on enfonce dans le corps du supplicié. Dans le même registre, le négoce est aussi un terme renfermant une connotation péjorative. L’une des valeurs des Romains était l’otium, le loisir. Et le negotium n’est est que sa négation que seul le vulgaire, le non possédant, celui qui n’a pas la chance d’avoir ses esclaves pour le servir, peut accomplir. Nous sommes toujours peu ou prou dans ce modèle si l’on veut bien regarder de près. Tandis que le 99%, la masse, le servus, l’esclave, le serf bref le salarié corvéable à merci trime (cf mon article précédent), le 1% des patriciens des multinationales a de quoi goûter au plaisir du loisir.

Attention, je ne parle pas du cadre sup qui gagne très bien sa vie mais qui se tue au boulot lui aussi. Celui-là donne tout à son entreprise chérie sans se poser de questions. Il se paye l’infarct du siècle à l’âge pourtant si peu canonique de quarante balais. Lui, s’il n’a pas eu son triple pontage, il a aussi le choix de se taper une dépression carabinée s’il a le malheur de se retourner sur le vent qu’il a brassé. Il a raté ses enfants. La jeunette qu’il a prise pour remplacer maman lui suce le compte en banque et ses amis ne lui parlent que de fric. Ratage magistral pour celui qui a force de vouloir la gagner a perdu sa vie. Non, je ne parle pas de lui. Ça, c’est raisonner en pauvre. C’est raisonner en centaines de milliers d’euros ou en millions. C’est voir petit. Je parle de ce 1% qui a sur son compte en banque l’équivalent d’un P.I.B, de ce 1% milliardaire qui décide du monde, de ce 1% qui vend des armes, monopolise les denrées premières, dirige l’agro-alimentaire et détient les énergies fossiles. Lui sait très bien ce qu’est le loisir, dans des proportions qu’on ne saurait imaginer. C’est une culture non partagée pour les adeptes du non partage.

Pour en revenir à ceux qui conspuent le travail, que je comprends amplement, il ne faut pas qu’ils en oublient pour autant de lutter pour des conditions dignes pour les salariés. On ne va pas immoler en place publique ceux que certains vont considérer comme des esclaves des temps modernes. Ce serait une double peine que les donneurs de leçon ont tendance à infliger de trop bonne grâce à des gens déjà dans la souffrance au travail. Les grandes idées sont caduques si on oublie la praxis –clin d’œil gramscien-.

Le loisir, oui, voilà une notion qui a complètement disparu des discours politiques. Cela m’a rappelé les deux documentaires de Pierre Carles, Christophe Coello et Stéphane Goxe Attention danger travail (2003), Volem rien foutre al païs (2007). Dans le premier on y voit des témoins qui ont découvert le bonheur de ne pas travailler. Ils lisent, vont au musée, ont une vie de quartier. Ils ont le sourire. Soit ils ont choisi cette vie soit ils ont compris peu à peu que le chômage leur permettait cela et l’ont adoptée. En revoyant ces deux docus, j’ai retenu notamment ce « travail d’imagination » qu’évoque le sociologue Loïc Wacquant, auteur des Prisons de la Misère (1999). Oui, un autre modèle est possible, que ce soit l’autogestion pour les uns, la décroissance pour les autres, l’activité à la place du travail, que sais-je encore. Tout est à réinventer. Un autre rappelait que le choc pétrolier de 1973, il y a seulement quarante ans, avait balayé cet élan créatif issu de 1968 pour une nouvelle société, celle qui verrait les choses autrement, celle qui ferait un pas sur le côté pour réfléchir et voir, pour arrêter d’être esclave des gestes mécaniques et des pensées toutes faites. Mais la crainte de rester sur le carreau, ça vous bouffe l’imagination. La doxa a alors imposé, par la peur, qu’il fallait à tout prix de la croissance, de la croissance, de la croissance. Et on a eu du chômage, du chômage, du chômage. Et pfuitt, le loisir a disparu des tablettes tout comme le droit à notre clinamen à tous, notre penchant naturel, celui de la paresse… Sur la paresse d’ailleurs, ne faut-il pas s’entendre ? Le droit à la paresse me semble légitime à la condition d’avoir œuvré pour soi et pour les autres. Un minimum de contrat social et de réciprocité ne peut nuire, non ? Avec cette contre partie, il est possible de s’accorder ce temps d’une liberté absolue.

Mais revenons-en au loisir pour évoquer le loisir de masse qu’est le divertissement. Oui, je parle de ce bon vieux panem et circenses, solution du gouvernant pour éviter la contestation en contentant la masse heureuse d’avoir le ventre plein tout en assistant aux jeux du cirque. Mais cette recette s’est transformée : circenses, oui, mais exit le panem. Rien qu’en France, on a entre 9 et 18 millions de pauvres, selon les chiffres des uns (l’INSEE) ou des autres (les associations de lutte contre la précarité). Parallèlement, ce divertissement s’est dévoyé en produits mercantiles dans des proportions astronomiques. Il s’est concentré sur des équipes de foot cotées en bourse vivant des produits dérivés, sur des superproductions cinématographiques à coup de millions rapportant des milliards en ne misant pas un kopeck sur les scénarios et enfin sur des programmes de télé-réalité de plus en plus trash. Quant à cette dernière invention, souvenons-nous que la boîte de production Endemol qui déverse 800 heures de programmes débilitants en France appartient désormais à la banque Goldmann Sachs qui a notamment programmé le krach de la Grèce.

-Et si on exploitait le pauvre qu’on a créé en l’abrutissant avec nos programmes ?

-T’inquiète, c’est fait.

-Et il ne râle pas d’avoir rien dans l’assiette ?

-Si, mais t’en fais pas : il accuse les étrangers.

-On a de la marge, alors ! Au fait, t’as financé les partis d’extrême droite qui nous soutiennent ?

-T’inquiète, j’te dis !

C’est alors que je me rappelle le slogan de mon parti, le Parti de Gauche : « Pour nous la retraite c’est toujours 60 ans ! ». Je trouve que cela manque d’ambition. Je proposerais davantage. J’aimerais qu’il soit permis de prendre sa retraite à 50 ans, oui 50, à taux plein, d’augmenter les salaires qui n’ont pas bougé depuis vingt ans pendant que les prix flambent, de comprendre les années d’études et de stage dans les calculs –après tout, ce n’est pas de notre faute si on ne nous a pas rémunérés et que nous n’avons pu cotiser pendant cette période-là-, de poursuivre au-delà si on en envie –il y en a qui adorent travailler, si,si- de consacrer les dernières années de travail à la transmission de l’expérience, de rémunérer à la retraite toute activité associative, d’entraide ou de solidarité –j’irais même jusqu’à interdire le bénévolat si pratique pour culpabiliser et exploiter la crédulité des uns en dédouanant la responsabilité publique des autres-. Bien de ces propositions font partie du programme du Front de Gauche. Mais là, on est taxé de rêveur et on est carrément inaudible. Bien dommage et surtout très faux. Imaginer n’est pas rêver. Proposer l’émancipation des hommes n’est pas une utopie, c’est un devoir. Pour cela, nous proposons de récupérer des dizaines et des dizaines de milliards et financer une société qui se promet le bonheur. Comment ? Eh bien déjà, taxons les entreprises du CAC 40. Mais non, on nous dit de s’excuser de vivre et de se tuer au travail. Pendant ce temps, le 1% jouit de son loisir d’assisté fiscal…

Alors contre l’austérité et pour une retraite épanouissante : première classe pour tous !

Le suricate qui bulle vous salue bien

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