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Suricate de gauche écosocialiste en vigilance républicaine. Vous reprendrez bien un peu de culture ?

Gramsci, le politique et le journaliste

Posted on August 5 2013 in socialisme communisme journalisme politique Gramsci

Gramsci, le politique et le journaliste

La pensée de Gramsci est passionnante et je ne saurais trop recommander la lecture de l'Introduction à Antonio Gramsci de George Hoare et Nathan Sperber pour s'en rendre compte. Au fur et à mesure du livre, des parallèles sautent à la figure. Je vous rassure, ça ne fait pas mal, au contraire.

Bon nombres de camarades, au sens large, encartés ou pas, s'affligent un peu partout, à l'oral comme à l'écrit, d'un immobilisme généralisé des masses. Je comprends très bien cette lassitude ambiante face à ce que Gramsci appelait la "révolution passive" entre le Risorgimento de la seconde moitié du XIXème siècle et l'avénement du fascisme à la sortie de la Première Guerre mondiale. La classe bourgeoise dirigeante alliée à l'aristocratie à droite comme à gauche s'était, sans grand besoin d'en discuter voire tacitement, entendue pour ne pas associer la paysannerie que l'on a fait assister "passivement" à la mise en place des différents changements.

Ce processus appelé "transformisme" par opposition à une transformation radicale intégrant la classe ouvrière a mené à une implosion des partis dont les programmes se sont rejoints peu à peu pour aboutir à des cliques et des factions faites de "molécules" à savoir des individus coupés du peuple se cooptant entre eux dans un consensus coupable.

Ça ne vous rappelle rien en politique ? Les Kouchner qui rejoignent Sarkozy ? Les BHL qui, de missions en commissions ineptes, bouffent à tous les râteliers ? Des Cahuzac qui fraudent ? Des Balladur qui cumulent les jetons dans les conseils d'administration ? Des Sarkozy qui reçoivent dans une tente à l'Elysée un Khadafi pour le remercier d'avoir financé campagne ? Des Woerth qui micmaquent avec un hippodrome ? Des Copé qui prennent des vacances chez l'affairiste Takieddine ? Des Enarques qui pantouflent dans le privé alors qu'ils devraient être les serviteurs obligés du Service public ?

Ça ne vous rappelle rien dans les médias ? Les Yves Calvi qui sous couvert de neutralité objective vous invitent un mec de gauche avec dix mecs de droite en face ? Les Eric Zemmour et Christophe Barbier qui, dans une conception bien particulière du journalisme, cumulent les tribunes, billets et chroniques pour ne déverser qu'un flot de contre-vérités crypto-fascisantes ?

Tout comme dans l'Italie passée de Gramsci, de nos jours de la France aux Etats-Unis , cet entre-soi fait de clientélisme, de corruption et de conflits d'intérêts fait monter une exaspération de plus en plus crispée.

Si on ne regarde que l'Europe, en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Italie, en France... le bipartisme ne forme plus qu'une seule entité quant aux choix économiques austéritaires. Et on s'étonne que les gouvernés rejettent massivement la classe politicienne qui abandonne toute dimension politique ?

Dans le même temps, la caste journalistique partage le même entre-soi et la même unité dans le discours. Là aussi, c'est un consensus "gélatineux", selon le terme gramscien, pour se faire les chantres du capitalisme boursier et de toutes ses dérégulations subséquentes, ce que les Solfériniens osent appeler "réformes", et là on pleure.

Et, dans une hypocrisie sans nom, on assiste après chaque élection à un bal des faux-culs qui, politicards et journaleux, dans une belle complicité, de plateaux télé en plateaux télé, s'affligent des taux d'abstention, faussement effarés de ce qui logiquement n'est même plus effarant.

Et que croyez-vous qu'il arriva et qui se produit actuellement ? Mais oui, la montée, que dis-je la montée ? l'installation de discours fascisants pour ne pas dire fascistes dans l'attente gourmande de l'arrivée au pouvoir de ceux qui achèveront le travail de sape si bien entamé contre le peuple. Car, il faut le répéter, le dire et le redire : l'extrême-droite est l'alliée objective de la finance toujours au détriment des "subalternes".

Là encore, je partage la conception gramscienne : il est de notre responsabilité absolue et impérieuse de ne pas tomber dans ce piège gluant du défaitisme. Nous avons le devoir, au Parti de Gauche et au Front de Gauche, "intellectuels organiques" et autres, de rallier la classe populaire dans une dialectique humaniste pour construire un front républicain et proposer dans une radicalité conquérante des solutions concrètes pour les problèmes de tous les jours : emploi, salaire, retraite, santé... Mais avant tout, face à l'ampleur de la déconfiture idéologique, il faut aller à l'essentiel : il faut convaincre que nos propositions contribuent à restaurer le pouvoir d'achat populaire. Tout le reste ne passera que pour de la littérature et on peut le comprendre. La révolution citoyenne n'est pas un rêve romantique. Elle est une possibilité pragmatique.

A gauche, au Parti de Gauche en particulier, nous sommes une sorte d'exception culturelle et idéologique. Il ne faudrait pas que nous finissions pour autant dans une attitude confinant au snobisme du haut de la tour d'argent que sont nos convictions incomprises. Cela aboutirait à des phrases comme "ils n'ont rien compris", "je ne voterai plus", "j'arrête tout, qu'ils se débrouillent". Bref, ne nous comportons pas comme des enfants auxquels on aurait refusé la friandise.

Gramsci écrit à ce propos que nous devons mener "une guerre de siège" dans la société civile tant sur le plan culturel qu'idéologique. Ce combat "complexe, difficile, requiert des qualité exceptionnelles de patience et d'inventivité". Vous l'aurez compris, ce sera long et sur tous les terrains. De la moelle, du corps et du coeur, voilà de quoi doit être fait notre engagement politique.

Nous sommes les fourmis obstinées de la lutte et les suricates vigilants de l'injustice pour que bientôt - chacun de mes atomes y aspire et l'espère - nous soyons les lions rugissants de la révolution citoyenne.

Camarades, que Gramsci appelle "êtres politiques" ou Aristote "animaux politiques", vous, les engagés dans la société ou la vie de la cité, ne lâchez rien.

Le suricate enthousiaste vous salue bien.

Comment on this post

nounourse 08/05/2013 18:13

j'ai beaucoup apprécié ce billet, qui m'a donné envie de lire Gramsci ...
Ce que vous en retransmettez me semble vraiment très juste comme analyse.
Toutefois, moi qui suis une citoyenne sensible à la Politique (vous noterez le P majuscule), il se trouve que j'ai malgré tout déserté les rangs des personnes engagées, et que je fuis la militance.
Je profite de votre billet pour tenter d'en expliquer les (mes) raisons, car d'après ce que j'ai lu sur ce blog, vous ne faites pas partie de ces militants qui me font prendre mes jambes à mon cou.
Si je reste engagée d'une certaine manière (je le fus dans l'anti-sarkozysme et le reste à travers ma participation au forum www.sarkostique.fr ) je ne participe d'aucun mouvement politique. Non pas que je ne me reconnaisse pas dans certaines idées et combats, mais dès que je m'en approche d'un peu trop près, les luttes internes (actuellement très actives sur internet par exemple) entre chapelles ou entre personnalités, les accusations de "manque de culture politique", les tentatives de diabolisations de certains genre "c'est des rouge-brun", enfin tous ces noms d'oiseaux qui s'échangent entre personnes qui me semblent pourtant avoir beaucoup en commun d'un point de vue sensibilité politique, me découragent de m'engager plus avant !!!!
J'ai failli écrire "définitivement" mais j'aimerais que ce ne soit pas vrai ....
Je lis ici ou là que certains voudraient sortir des cercles fermés de personnes déjà convaincues, ils ont raison je trouve, mais à travers ce commentaire, je voulais juste dire qu'il existe des personnes qui sont convaincues par la ligne générale des idées mais néanmoins en retrait parce que dégoutées des bagarres internes agressives mais stériles ...... ce ne serait peut-être pas idiot de commencer par tenter de mobiliser celles-là, en arrêtant de se bouffer le nez pour ce qui n'est finalement que détails dogmatiques ?????

Le suricate 08/05/2013 19:38

Effectivement, ces luttes intestines sont au mieux stériles au pire destructrices. Pendant ce temps-là, on ne milite pas. Cela dit, je pense très optimiste de dire que c'est sur le dogmatique que les différends reposent. Je crois pouvoir dire, a posteriori, après expérience donc, que c'est de la simple bataille d'égos le plus souvent...

Le suricate vous salue... bien bas.

Marco 08/05/2013 17:50

Déjà un bon moyen de remporter la bataille culturelle, de rassembler le peuple, serait de s'engager pour la sortie de l'UE et de l'euro qui sont irréformables. Rassembler sur les bases d'un patriotisme progressiste pour ensuite construire des coopérations internationalistes inspirées de l'ALBA