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Suricate de gauche écosocialiste en vigilance républicaine. Vous reprendrez bien un peu de culture ?

(Dés)information et surconsommation

Posted on August 3 2013 in éducation, consommation, médias

(Dés)information et surconsommation

Combien de fois n’a-t-on pu constater une télévision allumée toute la journée tout milieu social confondu ? Qui a les yeux assez fermés pour prendre les transports en commun et ne pas voir des personnes, en général plutôt jeunes, les yeux rivés sur leur smartphone ? Qui n’a pu lire ce chiffre hallucinant de 2 millions -contre déjà 1 million pour l’iPhone 4- de pré-commandes à la sortie du dernier Iphone 5, quand on a en tête le coût de cet appareil ? Qui ne sait pas que la France compte près de 49 millions de connectés à Internet soit 75% d’entre nous avec 2 heures 30 passées par jour devant un écran de télévision ou d’ordinateur ? Comment ne pas observer que 40% des Français sont 26 millions à posséder des smartphones dont 71% d’entre eux sont des mobinautes très actifs -ce qui ne signifie pas acteurs- avec 7,1 heures de consommation de médias par jour ?

Si vous répondez moi, moi, moi à toutes les questions, c’est confirmé vous vivez dans une zone sans journaux, sans télévision, sans Internet, sans réseau téléphonique filaire ou mobile, dans une grotte peut-être…

Dès les premiers temps de la télévision, on nous avait d'ailleurs vanté les possibilités fantastiques de ce média comme outil d’éducation populaire pouvant parvenir dans tous les foyers. Pour Internet, ce fut le même argument. Ayant la quarantaine, je n’ai pas vécu les débuts de la télé, mais je me souviens parfaitement de la disparition de ce qui faisait l’intérêt de ce que fut le service public à savoir les ciné-clubs le soir et les représentations de Shakespeare les samedis après-midi- ou dimanche, je ne me souviens plus bien- par la Royal Company. Je fais également partie de cette génération qui, pour le coup, a vu naître Internet et qui constate que si on cherche un film ou une info d'avant les années 80, on ne le trouvera pas ou très difficilement car le Net n’a de mémoire que récente. Quant au mobile, j’ai vu sa naissance, son explosion et l’ineptie des trois quarts des messages qui n’en sont pas, consistant à dire où on est, à demander la situation géographique de l’autre et à expliquer qu’on marche, qu’on respire et qu’on arrive très bientôt. Avec l’explosion des sources d’information et des moyens de communication on a pu constater dans une absurde disproportion le peu d’usage ou de besoin que certains en ont.

Je m’explique. A part avoir un emploi du temps de ministre, qu’est-ce qui pourrait bien justifier le fait de se payer si cher un mobile permettant de recevoir ses mails, d’aller sur le Net, de regarder la télé, d’écouter de la musique, d’avoir un agenda, de prendre des photos et des vidéos et éventuellement de téléphoner -perso, je veux bien qu'il passe l'aspirateur et fasse les courses. Mais après tout, avec les avancées de la domotique, on n'en est plus très loin...- ? Qu’est-ce qui justifie d’avoir le dernier logiciel de traitement de texte alors qu’on en connaît et qu’on a l’usage que de 5% de ses possibilités ? A part avoir l’ouïe parfaite, pourquoi acheter à des prix astronomiques du Bose, du MonsterBeat ou du Bang et Olufsen ? J’en passe et des meilleures ? Non : comment est-il possible de laisser passer une publicité pour une automobile dont l’argument est que la voiture est suréquipée, donc inutile sur bien des points, en des temps de destruction massive de la planète due à la surconsommation ?

Mais si on veut savoir utiliser l’utile, se dégager des chaînes du superflu et proposer une nouvelle société, lire -déchiffrer, faire du lien, comprendre- est essentiel pour savoir trouver une info, avoir un sens critique et une possibilité d’émancipation face à toute discours dominant invérifiable si on n'en a pas les clés. Il faut donc s'éduquer de manière à acquérir non seulement une autonomie de pensée, mais comme le souhaite Gramsci, également à pouvoir ensuite s'autoformer.

Mais, mais, mais… pendant ces temps d’explosion de l’offre de médias, la part de la dépense intérieure d’éducation (DIE) dans le PIB est retombée au niveau de celui de 1980 avec une population de 53 millions d’habitants contre près de 65 millions en 2012. On pourrait objecter que, effectivement la population a augmenté mais pas le nombre de jeunes puisque, moins rapidement qu’ailleurs, mais tout de même, la population est vieillissante. Alors, il ne serait pas grave que le budget de l’Education nationale soit le même qu’il y a trente ans pour à peu près le même nombre de jeunes. Le hic, c’est que le temps de scolarisation s’est passablement allongé avec la volonté de démocratisation de l’école et on comprend aisément que, lorsqu’on passe de 1% d’une classe d’âge qui accédait au bac en 1808 à 64% deux cents plus tard, cela se finance… L’argument démographique pour justifier cette constance ou cette baisse des moyens selon les critères retenus n’est pas vain : il est faux.

Cela dit, ne pas financer l’Education ni promouvoir l’accès à la culture pour tous, même si cela repose sur de faux arguments, c’est, de fait, idéologiquement valable si l’on veut que les inégalités d’accès au sens critique et à la capacité de lecture perdurent. Avec tous ces moyens, on pourrait se dire que le citoyen est très bien informé, non ? Le problème, c'est qu'il est inégalement formé selon les classes sociales. Par exemple, tous les rapports, les uns après les autres, le montrent : plus le niveau d’enseignement monte, moins on trouve d’enfants d’ouvriers parmi les diplômés. Pratique pour maintenir le joug, non ? On se souvient alors avec dégoût du cynique Lelay, numéro deux de TF1 qui concevait la diffusion des programmes dans le seul but de créer "du temps de cerveau disponible" pour les pubs de Coca Cola...

Et là, m'est venue l'idée de faire une recherche sur le taux d’équipement par catégorie sociale concernant les télévisions ou les smartphones. Une enquête de l’Insee de 2009 existe : les ouvriers sont les troisièmes plus équipés après les retraités et les agriculteurs tandis que les cadres et professions intellectuelles supérieures le sont le moins pour la télévision et c’est l’inverse pour la connexion à Internet. Partant du principe que la télé informe moins que le Net -la part des informations est en chute libre à la télé-, serait-ce la preuve que des études longues permettent de créer le désir et la capacité de déchiffrer les informations ? Un parcours éducatif poussé permettrait-il de mieux résister aux sirènes de la télévision ?

Ne hâtons aucune conclusion notamment parce que le suréquipement, en revanche, touche toutes les catégories pouvant se l’offrir parce qu’elles en ont les moyens par leurs revenus ou par leur capacité réelle ou supposée d’emprunt. Et là, études ou pas, on surconsomme tous azimuts. Le rouleau compresseur de la publicité omniprésente n'y est évidemment pas pour rien.

Méfions-nous également de ce qui pourrait être un discours virant au mépris de classes en désignant l’ouvrier comme l’esclave de ses emprunts et de son ignorance dans un paternaliste pointage du doigt alors que tout cela est savamment orchestré par un pouvoir bourgeois trop heureux d'être le seul aux manettes.

Il est aussi manifeste que beaucoup d'intellectuels tentent d’utiliser les médias pour diffuser une information afin de contrer la désinformation des chiens de garde de tout poil. Malheureusement, on remarque d’une part, que la télé si répandue dans les foyers n’offre la parole quasiment qu’à ces chiens de garde et d’autre part, que ceux qui informent pour contrecarrer l’Histoire officielle s’adressent davantage à des personnes susceptibles d’avoir envie de recevoir les données dans un but critique, et c’est sans doute une limite au cybermilitantisme qui parfois ne s’adresse malheureusement qu’à lui-même.

Il est bien évidemment primordial que des contremédias existent et que beaucoup d’entre nous alertent de la situation dans tel ou tel pays, mais on sait à quel point notre rôle de Cassandre est facile à taire et, de fait, est globalement confiné au rôle d’une pleureuse mal embouchée par une médiacratie officielle et hégémonique. Et quand on se prend à proposer plutôt que de dénoncer, c’est encore plus terriblement balayé sous la carpette. On en vient à vouloir donc pousser nos concitoyens à s’informer par eux-mêmes, à trouver les bonnes infos, les programmes alternatifs. Mais, là, il faut savoir lire… Et ce travail patient de fourmi d’éducation populaire auquel nous participons aurait bien besoin, je le répète, de la collaboration des Educations nationales de tous les pays.

Alors, j’ose émettre une suggestion : pourquoi ne pas financer des cours sur la surconsommation, l’écologie, le développement durable, la lecture des images, des discours et des médias ?

Cela existe déjà en France, me dites-vous ? Oui, mais dans une proportion tellement minime et pour un public si restreint que la goutte d’eau est emportée dans la rivière des inégalités sociales. Pour une chaîne comme Arte, on nous balance cent canaux insipides. En France, on recrée des emplois dans l’Education nationale, m’objecterez-vous ? La moitié des 100 000 postes perdus depuis 10 ans, et il faut voir dans quelles conditions…

Voilà, à mon sens, une des multiples raisons de refuser les logiques comptables d’une politique austéritaire avec ses règles d’or mortifères. Elles ont pour terribles conséquences de justifier dans toute l’Europe que des budgets comme ceux de l’Education avec ceux de la Culture, de la Santé, de la Justice et de l'Ecologie soient en baisse tandis que nous avons un impérieux besoin de saisir l'urgence d'une révolution citoyenne.

Le suricate gramscien vous salue bien.

P.S. Pour l'anecdote - je n'en suis pas une contradiction près -, je possède bien sûr un smartphone. Non, mais allô, quoi...

Comment on this post

Le suricate 08/05/2013 19:41

Merci Claudine.

Claudine Chapron 08/04/2013 13:32

Excellent article, passionnant. Et je suis bien d'accord avec toi le développement durable, afin d'éviter la surconsommation devrait d'enseigner à l'école...

Claudine Chapron 08/04/2013 13:30

Excellent article. Passionnant. Et je suis bien d'accord la surconsommation,