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Suricate de gauche écosocialiste en vigilance républicaine. Vous reprendrez bien un peu de culture ?

La boutade du colon

Posted on December 22 2013 in Hollande Valls Taubira Roms égalité

La boutade du colon

La boutade du colon ? Plus fort que la moutarde de Dijon ! Ce pourrait être un nouveau slogan pour Hollande.

J’ai cru à un hoax, une fausse rumeur comme il en existe tant sur le net. Il n’a pas pu dire ça tout de même ! Eh bien si. Il a osé. Hollande à propos de Valls et de l'Algérie a déclaré : "Il en revient, sain et sauf, et c'est déjà beaucoup". C'était dit devant le Crif qui fêtait le 16 décembre ses 70 ans. Les journaux ont parlé de "boutade", de "maladresse", de "blague", de "phrase", de "propos", d'"attaque", de "provocation", de... La réaction de l'auditoire ? Il a ri, un peu. Et le fait que nous n'ayons pas assisté à une hilarité générale est plutôt une bonne nouvelle. On apprend que dans le discours initial n'était pas prévu ce qui est également qualifié d'"improvisation". Encore heureux ! Ce que certains font passer pour une blagounette innocente, érigée en système stérilisant de la pensée chez Hollande, j'y vois surtout une révélation symptomatique d'une France toujours pas remise de ses colonies perdues. Probablement involontairement, cela révèle également chez le représentant de notre pays qu'il pense avoir un public anti-arabe et donc d'avance conquis à ses sous-entendus. Plutôt raté. J’ose l’espérer.

Hélas, trois fois hélas, cela prouve un inconscient lourd de représentations paternalistes vis-à-vis de l'Algérie avec laquelle la France n'a toujours pas fait son devoir de mémoire et qui ne saurait se redresser sans son tuteur pluriséculaire. Et là, c'est plutôt visible. Pourtant, peu de condamnations ont suivi ses propos ou alors très feutrées, par souci de ne pas jeter d’huile sur un feu que l’Algérie elle-même ne veut alimenter : « Le ministre des Affaires étrangères algérien Ramtane Lamamra a estimé samedi soir à Alger que la boutade du président français sur la sécurité en Algérie était un "incident regrettable" et une "moins-value" pour les liens entre les deux pays. ». Très modéré, non ?

Et c’est alors que Valls, si cher à ce président, m’inspire un rapprochement assez flagrant. Valls, ce petit-fils d'Adrien Marquet, a décidément lui aussi peu de souci à se faire lorsqu'il déclare le 24 septembre dernier, pour un si petit nombre de Roms en France, moins de 20 000, que «ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation» avec les populations locales. Le « évidemment » vallsien sent l’aplomb sarkozyen à plein nez, celui de cet ex-président qui affirmait en 2007 des incongruités, avec cet aplomb que partagera Valls, sur l’homme africain dans son discours de Dakar. Philosophie de comptoir ? Non. Une vraie vermine d’une vision toujours colonialiste de l’Afrique. Oh que oui !

La plainte du MRAP sur les propos de Valls vient d'être classée sans suite le 19 décembre. Le président ne l'a pas admonesté et il fait une "blague" sur un pays qui a tant donné à la France. Le contrôle au faciès se porte toujours très bien. On nie aux enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants l’histoire de ces glorieux bâtisseurs des Trente glorieuses. Ils furent parqués alors dans des cités dortoirs, et leurs descendants sont toujours logés dans ces ghettos de la honte tandis qu’on leur demande sans cesse de prouver quotidiennement qu'ils sont français.

On est bien loin de la réflexion éclairée d’une Christiane Taubira qui encore une fois a illuminé de sa culture et de ses connaissances le « En direct de Mediapart » du 18 décembre dernier. Dans ses principales déclarations, on retiendra notamment son hymne éclairé à l’universalisme et à l’égalité. Elle affirmera ceci : « Vous ne pouvez pas me dire que parce que (Manuel Valls et moi) étions sur une même estrade (à la Mutualité, le 27 novembre, à Paris) deux ou trois mois après, je légitime des propos. J’ai déjà dit que je ne raisonne pas en pensant que, quelle que soit la population, on puisse porter un jugement général sur une population notamment en termes de capacité à faire partie de la société française (…). Cela fait des années que la gauche s’est laissé intimider sur la question de la sécurité. Elle n’a pas su conceptualiser son action politique. Elle ne sait pas raisonner en termes de sûreté, c’est-à-dire être capable de dire aux Français : “On assure votre sécurité, mais on n’assure pas votre sécurité en courant après les délinquants et après les criminels, on assure votre sécurité parce qu’on assure la sûreté dans la société : sécurité pour l’éducation, sécurité pour accéder à l’emploi, sécurité pour avoir des logements, sécurité pour avoir de la mobilité sur le territoire et ne pas être enclavé dans sa banlieue.” »

Certes peut-on se demander pourquoi cette femme reste au gouvernement. Ses arguments, à ce propos, ne convaincront pas forcément. On me rétorquera même sans doute en ces temps pesants de suspicion généralisée au Front de gauche que ce billet sent la traître alliance avec les Solfériniens. Ce n'est tout bonnement pas le cas. Je l'ai déjà dit et je le répète : l'élargissement du Front de gauche est souhaitable en attirant à lui ceux qui sont d'accord avec son programme, pas en se jetant dans les bras de ceux qui promeuvent l'austérité.

Il me semble simplement utile de reconnaître les bienfaits d'une parole principielle chez Mme Taubira. Et j'apprécie la rareté d'autant plus précieuse de son propos lorsqu’elle souhaite aux « gamins nés ici, dont les parents sont venus d'ailleurs (…) de naître en fait. De naître à nouveau, dans ce pays, de ce pays, avec les autres Français. Et cette lutte pour l'égalité, parce qu’on a dit marche des beurs, puis marche pour le permis de séjour de 10 ans etc... Non. Ils se posaient comme français. Il y a eu une séquence mémorielle, on n’a pas le droit de réduire cela. Ils sont allé se recueillir en souvenir des victimes du 17 octobre 1961, ça a été une séquence. Mais c'était un engagement politique et social, c'était une marche pour l'égalité. Et les grandes conquêtes françaises sont vraiment celles de l'égalité. Extraordinairement, la belle devise de la deuxième république - 1848, la république de Lamartine, de Victor Hugo, etc – la belle devise « liberté, égalité, fraternité ». La liberté nous attire toujours un peu plus, mais je crois que les grands moments de lutte française sont vraiment pour l'égalité. Les grandes conquêtes ont été pour l'égalité. »

Le suricate républicain vous salue bien

Comment on this post

daniel fleury 12/23/2013 18:28

Je me suis autorisé un "repost".

Le suricate 12/23/2013 18:34

Et le suricate t'en remercie, Daniel ;-)

CT-VLP 12/22/2013 11:56

Une grande dame, cela se confirme à chaque fois qu'elle apparaît. Quand on pense que la défaite de Jospin lui a été reprochée!