Overblog Follow this blog
Edit post Administration Create my blog
whats-new-suricate.over-blog.com

Suricate de gauche écosocialiste en vigilance républicaine. Vous reprendrez bien un peu de culture ?

Selfie ou tous unis ?

Posted on November 24 2013

Selfie ou tous unis ?

Gloire à moi, au moi je et à mon nombril ? Bon nombre d’entre nous se revendiquant d’une culture de la solidarité s’insurgeraient si on les accusait de prôner de tels slogans. Mais on ne peut que constater cette explosion de mise en avant dans les réseaux sociaux. Loin de moi l’idée de vexer qui que ce soit. Je m’interroge notamment parce que le piège est si tentant que je peine à ne pas faire partie du bouzin.

L’engagement politique chez beaucoup d’entre nous est tellement chevillé au corps qu’il en est intime à la même hauteur que l’intensité des sentiments d’amour pour les siens et de bonheur de faire partager ses moments de bien-être. Le problème est que l’engagement public se mélange alors à la publicité de sa sphère privée. On ne parvient plus à différencier l’exercice laïc de sa liberté de conscience avec les signes ostentatoires de son émotion privée.

Derrière son ordi, le sens de la responsabilité quant à la diffusion des propos et des images semble étonnamment dilué dans un égotisme sans fard ni frein. Le Oxford English Dictionary a même acté de ce phénomène avec l’apparition cette année du mot selfie et cette définition : a photograph that one has taken of oneself, typically one taken with a smartphone or webcam and uploaded to a social media website (à la louche : une photo prise de soi, spécialement prise avec son smartphone ou sa webcam et chargée sur un réseau social).

En parallèle à cette disparition de barrières entre égo et société, on assiste à une explosion exponentielle des insultes à tout va. Ce qu’en face on ne dirait probablement jamais fuse sur les écrans. Et apparaît très vite ce que j’appellerais l’insultie, cette insulte gratuite apparaissant au bout de deux secondes pour vouer aux gémonies et clouer au pilori dès qu’on ose ne pas être dans la doxa de l’autre internaute.

Pourquoi faire ce lien, me dira-t-on ? C’est une tarte à la crème mais tout est fait pour individualiser la conception du monde. Les rapports ne sont plus envisagés selon un contrat social pour vivre ensemble, mais dans une lutte antagoniste pour survivre à l’autre. Lorsqu’on se bat pour trouver un emploi, le garder, nourrir les siens, pouvoir payer son crédit, acheter l’inutile vendu comme de l’indispensable, il faut écraser l’autre au pire, l’ignorer au mieux.

Pendant qu’on se regarde et qu’on insulte l’autre, l’inefficacité de la multiplication des actions individuelles triomphe. On s’aime tout seul, on s’indigne tout seul, on crève tout seul. La doxa organise l’unicité du moi pour qu’elle s’idolâtre afin de lui faire oublier que l’efficacité du multiple uni pourrait tout changer.

Le Front de Gauche, en proposant d’unir les forces si proches sur un projet de société commun différent a été –est ?- un immense espoir de contrer cet état de fait. Tout était –est ?- réuni pour inverser la tendance. Enfin, tout était –est ?- possible. Mais, mais, mais, les municipales sont arrivées. Après l’enthousiasme qu’a suscité le Front de Gauche et ses 11% aux présidentielles, il aura fallu ces maudites municipales pour qu’explose en vol bon nombre d’entre nous, ce bon nombre effaré de constater comment des intérêts si mesquins pour se survivre à soi-même auront choisi d’écarter de très sincères engagés. L’égotiste politicard a pointé son nez et a bien compris que les partis voulant se survivre à eux-mêmes, loin de lui rappeler l’Humain d’abord, prendraient appui sur son ambition.

Constat par trop pessimiste ? Pas d’après ce qu’on voit dans bien trop d’endroits.

Les « on lâche rien » encartés s’en rendent probablement davantage compte que les autres. Assister aux tambouilles internes est peu ragoûtante. Mais, comme ils se sont engagés, ils serrent les dents à s’en casser les molaires. Ils ne racontent pas vraiment ce qui se passe car ils ne veulent pas nuire à leur orga. Ils font des allusions parce qu’il est difficile d’avaler tout sans que transpire le désenchantement. Malgré leur dégoût, ils se taisent le mieux possible par fidélité et loyauté. Pourtant ils se font dézinguer, les uns après les autres : insultes, diffamations, rumeurs, absences d’informations, putschs… Ils alertent leur direction nationale et se racornissent devant leur silence ou leurs demi mesures.

Au début, les optimistes ou récemment versés dans la politique n’ont pas cru à ce qu’ils auraient pu assimiler à un abandon, à un non-retour d’ascenseur après leur militantisme acharné. Ils ont pensé que les directions avaient sûrement mieux à faire.

Les réalistes, les un peu plus chevronnés, ont pensé que s’ils se montraient de bons petits soldats, leurs nationaux sauraient peser au moment des constructions conquérantes locales.

Je ne parle pas des pessimistes qui s’étaient laissé convaincre qu’une nouvelle façon de faire de la politique était enfin possible, ils sont partis depuis longtemps.

Allez, insultons-nous folle ville, mais gageons que le politicard saura prendre une belle photo de lui aux manifs tandis qu’il ne fait rien pour le peuple.

Le suricate qui aimerait bien que l'éthique ne soit pas en toc vous salue bien

Comment on this post

Npoitier 12/04/2013 10:04

Chère Suricat,

Comme j'aimerai pouvoir te dire "Viens, Ensemble nous pourrons faire de grandes et belles choses dans le respect de l'éthique et l'indépendance d'esprit porté par des valeurs fortes et profondes, loin, très loin des manipulations, des nécessités de loyauté partisanes destinés à dissimuler plutôt qu'à affronter les difficultés et les petites trahisons entre amis... Oui, j'aimerai te dire qu'Ensemble nous pouvons faire de grandes choses, mais je sais que partout, où que l'on aille, et même avec les meilleures intentions du monde affichées, les résistances sont lourde à la mise en place d'une structure décentralisée qui s'autocritique dans la transparence sans pour autant s'auto flageller.... Si tu veux reprendre une dose d'espoir, peut être trop temporaire, je t'invite tout de même à venir lutter pour cela, là où l'affichage des intention semble correspondre à tes aspirations... Et nous pourrons le faire ensemble ;)

des pas perdus 11/24/2013 19:46

Pour avoir eu quelques responsabilités syndicales, j'ai constaté combien certain-e-s étaient mu-e-s par l'ambition personnelle et préféraient se la jouer opportuniste quitte à taire leurs désaccords.
Dans toute organisation, tu en retrouves, mais ils sont peu nombreux. Tu as aussi des encartés sincères qui militent à l'intérieur de leur orga pour en changer la ligne, gardant ou pas le silence par rapport à l'extérieur. Et d'autres qui partent.
Dans certaines organisations, les plus puissantes, militer ou avoir sa carte peut permettre d'avoir un job dans le parti, dans une collectivité locale ou auprès d'un élu, et c'est dans ces cas - là que certains (pas tous) peuvent être tentés de défendre leur job (en la fermant et en suivant la ligne de la direction) plutôt que leurs idées.
J'ai connu aussi des non encartés qui étaient plus dans la ligne que bien des adhérents, sans doute parce qu'ils n'avaient pas toutes les infos...

babelouest 11/24/2013 11:01

Je n'ai pas constaté un tel éclatement. Habitué à jouer collectif depuis longtemps, cela ne me viendrait même pas à l'idée de se la faire perso. Et cela, même si l'on a des idées propres : cela signifie seulement que la marge de progression est encore grande, comme le fait de se dire qu'une république 6.0 n'est qu'un pas en avant, en direction de l'anarchie, la vraie démocratie au sens strict du terme. Travail de longue haleine : dans le meilleur des cas il faudra plusieurs générations.